24 Heures du 11. 12. 1998

Huit lausannois se muent la nuit en effeuilleurs

Le film Full Monty retraçant l'histoire de chômeurs reconvertis en strip-teaseurs fait des émules. Purs lausannois, les "Faboulous Chickentails" se sont lancés dans l'aventure. Reportage lors d'une répétition ou personne ne se prend au sérieux.

La gent masculine rechigne de moins en moins à s'exhiber en tenue d'Adam. Les calendriers d'équipes de football et de hockeyeurs posant à demi-nus font florès. Dans la foulée des Chippendales, professionnels bodybuildés de l'effeuillage, les Chickentails (queues de poulet), troupe d'amateurs lausannois, s'apprêtent à faire un tabac. Les Chickentails, sorte de boys band unique en Suisse, n'ont certes pas les mensurations idéales. Mais ils sont drôles et attachants: gras du bide ou arborant une calvitie naissante, ils ont du mal à danser en rythme. Dans le civil, les huit Faboulous Chickentails sont cuisinier, poête ou ingénieur. Qu'ils aient pour pseudonyme Bill Clinton, Teddy Bear ou Nique La Trique, ils ont en commun un certain goût pour l'exhibitionnisme, et le souhait d'approfondir leur versant artistique. A une exception près, tous sont déjà montés sur scène, généralement en tant que musicien. Pour leur grande première à Lausanne en juin dernier, la Dolce Vita affichait complet. " Contrairement aux Chippendales qui gardent leur slip, nous on fait la totale ", soulignent-ils en choeur. Intéressée? La première de leur tournée suisse a lieu samedi soir à Monthey. A l'origine de cette aventure peu ordinaire, une Lausannoise. Corinne Bischof qui ne manque pas de suite dans les idées. " Je cherchais un spectacle original capable d'attirer du monde à la Dolce Vita ", explique la " Djette " qui y opère sous le nom de Bibi Métal. " Un jour, des copines et moi avons maté une vidéo des Chippendales, que la Dolce avait reçue en promotion. Nous étions mortes de rire. "

Le déclic

Le véritable déclic, Corinne Bischof l'a eu en 1997, en découvrant Full Monty au cinéma. Le film retrace l'histoire de chômeurs qui, pour échapper à leur condition, montent un spectacle de strip-tease. Dans ce Nord de l'Angleterre morne et industriel, le show fait un triomphe. " Je me suis dit que c'était un créneau à exploiter. Mes amis semblaient prêts à jouer le jeu ", se souvient Bibi. Mais lorsqu'elle commence à parler répétitions, les candidats disparaissent comme par enchantement. Le recrutement des Chickentails prend alors l'allure d'un parcours du combattant. Après avoir épuisé son cercle de connaissances, la Lausannoise passe des soirées à arpenter les boites de la capitale vaudoise, à la recherche d'hommes audacieux. J'ai tout essayé; j'ai même proposé à Noël-Noël connu pour ses provocations notamment à la Télévision suisse romande de monter sur les planches, commente l'entêtée. C'était toujours la même chanson: " Je suis prêt à me déshabiller en public, si un groupe entier le fait ". Peu à peu, Bibi découvre qu'elle n'arrivera pas à ses fins sans recourir à la ruse, et change de stratégie. " J'abordais un mec en prétendant que son copain avait accepté de le faire, à condition que lui-même s'y mette, ce qui n'était pas vrai du tout. " La magouille finit par payer: une fois les trois premiers Chickentails réunis, les autres téléphonaient spontanément pour s'inscrire. Une drogue en soi S'ils ont eu un trac terrible avant d'entrer sur scène, les huit Chickentails ont gardé un souvenir impérissable de leur unique spectacle à Lausanne. " Entrer sur scÈne, c'était comme de sauter à l'élastique ", raconte Dick Silver, un gars plutôt timide qui s'est lancé sur un coup de tête. Usent-ils de substances désinhibantes avant le spectacle? " On évite. C'est pas évident d'affronter une foule de nanas déchaînées, mais il faut garder l'équilibre et suivre la chorégraphie ", réplique Mephisto. A les entendre, l'attention des filles est une drogue en soi, et ils ont hâte de remettre ça. Seul à ne pas partager ce point de vue, John Love a quitté la troupe. La vidéo du show à la Dolce Vita a eu sur lui l'effet d'une douche froide: l'aisance avec laquelle il a exécuté son strip-tease l'a laissé passablement songeur. Pas de problème, General Motors se fait un plaisir de le remplacer. " Ce qui m'éclate c'est de faire et de la scène et de divertir les gonzesses ". Attention toutefois à ne pas se méprendre: plus de la moitié des Chickentails sont " casés ", et leurs copines sont dans la salle. A en croire leurs compagnons, elles ne craignent pas d'être trompées, et prennent le show comme un énorme gag. " Moi, j'amène au spectacle le côté féminin de l'homme ", souligne Flo, en dévoilant les dessous de sa robe de mariée. C'est que le spectacle a été conçu par et pour des femmes exclusivement. " On a choisi la, disco pour son côté festif et kitsch. C'est une musique sur laquelle les filles aiment danser ", commente Bibi, qui a pris deux de ses amies comme Djettes. Et la formule marche, puisqu'elles étaient 350 de tout âge - en majorité des jeunes - à venir acclamer les Faboulous Chickentails à la Dolce Vita, Ce qui leur plaît dans ce genre de soirées? Une volonté, plus ou moins consciente, de prendre une revanche sur l'homme, en le traitant à leur tour comme un objet. Mais à la différence de leurs homologues masculins, la plupart des femmes zieutent au second degré, et cherchent avant tout à rigoler. Ces garçons pâles et bedonnants, qui s'encoublent en enlevant leurs pantalons, attirent leur sympathie. Bibi l'a bien compris, et nourrit l'ambition de faire tourner ses " Apollons " dans toute la Suisse. " Vous êtes un Chickentail en herbe? Si vous habitez Lausanne, Yverdon ou Sierre, vous êtes engagés! " s'exclame-t-elle. A chaque show, deux places supplémentaires sont réservées à des habitants de la région. Dans cette aventure, l'organisatrice a jusqu'ici mis plus d'argent qu'elle n'en a récolté. Pour arriver à payer ses hommes - elle y tient, eux s'en fichent -elle compte sur les ventes de cartes postales et de vidéos du spectacle. Pour éviter le harcèlement une fois les soirées " bouillon de poule " terminées, chaque Faboulous Chickentail s'est choisi un nom de scène. L'un d'entre eux a en effet reçu les coups de fil répétés d'une fan hystérique. Cela dit, cette soudaine " starisation " n'est pas pour leur déplaire, et les Lausannois recherchent même quelques filles pour les aider dans les coulisses du Veaudoux Club. Avis aux adeptes!

Anne Payot

Samedi 12 décembre à 22 h, au Veaudoux Club de Monthey. Entrée interdite aux hommes jusqu'à 2 h. Pas de réservations possibles. Renseignements: (021) 648 62 46.

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